D.ieu appelle Moché depuis la Tente d’Assignation et lui communique les lois des Korbanot, offrandes animales et alimentaires apportées dans le Sanctuaire.
Elles incluent :
- « L’holocauste » (Ola), entièrement consacré à D.ieu, par un feu, en haut de l’autel.
- Cinq variétés d’ « offrandes alimentaires » (Min’ha), préparées avec de la farine fine, de l’huile d’olive et des encens.
- « L’offrande de paix » (Chelamim) dont la viande est consommée par celui qui apporte l’offrande, une fois que certaines parties en ont été brûlées sur l’autel et d’autres données aux Cohanim (Prêtres).
- Les différents types de « sacrifices expiatoires », apportés pour expier les transgressions commises de façon accidentelle par le Grand-Prêtre, toute la communauté, le roi ou un Juif ordinaire.
- « L’offrande de culpabilité » (Acham) apportée par celui qui s’est approprié, de façon indue, d’un bien du Sanctuaire, qui a un doute d’avoir transgressé une interdiction divine ou qui a commis une « trahison contre D.ieu » par un faux serment pour escroquer un autre homme.
TROIS TYPES D'OFFRANDES
Notre Paracha Vayikra présente les différentes catégories d'offrandes que l'on peut apporter au Temple. En fonction de la situation économique de l’offrant, il est possible d'apporter du bétail, des moutons, des chèvres, des colombes ou une offrande de farine. Les plus riches peuvent se permettre d’offrir des animaux de grande taille, tandis que ceux qui appartiennent à la classe moyenne peuvent offrir un oiseau. En revanche, les pauvres doivent se limiter à une offrande de farine.
Une analyse approfondie de la manière dont la Torah introduit ces diverses offrandes révèle une approche singulière envers celle du pauvre. Contrairement à l’expression : « Si quelqu'un devait apporter une offrande de farine », comme elle le fait pour « si quelqu'un devait apporter un agneau » ou « si quelqu'un devait apporter un oiseau », la Torah déclare : « Si une âme apporte l'offrande de farine ». L’utilisation du terme : « âme » apparaît exclusivement pour désigner l'offrande faite par un homme pauvre.
Il est légitime de s’interroger sur les raisons pour lesquelles la Torah associe le terme « âme » uniquement à l'offrande du pauvre ?
L'HOMME PAUVRE ET SON ÂME
Rachi, le principal commentateur biblique, explique que lorsqu'une personne pauvre présente une offrande, « le Saint Béni soit-Il la considère comme si elle avait offert sa propre âme ». À première vue, il semble que la Torah utilise le terme « âme » en référence à l'offrande d'un homme pauvre afin de ne pas minimiser la valeur de sa contribution modeste.
En général, les individus évaluent les efforts d'autrui en fonction de leur valeur monétaire. Si quelqu'un donne davantage, cela est souvent perçu comme une plus grande Mitsva aux yeux de la plupart des gens. Cependant, D.ieu, comme nous l'indique la Torah, adopte une approche différente pour apprécier la valeur d'une contribution. Ce n'est pas tant la quantité de l'effort qui importe ; c'est plutôt la qualité qui prévaut.
LA CONDESCENDANCE DES RICHES
Bien que cette leçon revête une pertinence indéniable, il convient également d'envisager un enseignement plus direct destiné à la personne riche, en ce qui concerne la manière dont elle effectue sa propre offrande, et non uniquement la façon dont elle perçoit les efforts de l'individu pauvre.
Les notions de pauvreté et de richesse servent de métaphores pour deux qualités ou traits inhérents à chacun d'entre nous - qu'il s'agisse des riches ou des pauvres. En effet, il existe en nous un aspect qui est riche. Que ce soit par nos connaissances ou nos talents, D.ieu a doté chacun d'entre nous de dons considérables. L'aspect « riche » de notre personnalité a tendance à se manifester par l’arrogance et la condescendance.
De plus, même lorsque cet aspect « riche » est sollicité pour donner et partager nos richesses avec autrui, cela s’accompagne souvent du sentiment que nous faisons sacrifice de notre propre temps, de notre énergie et de nos ressources au bénéfice des autres. Ce sens du soi, cet ego : « Je suis l'individu bienveillant et sacrificiel », imprègne ainsi l'acte, par ailleurs altruiste, qu’est le don.
L'ÂME HUMBLE
Il existe également en nous une dimension de pauvreté, laquelle incarne l'humilité. En effet, le terme hébreu pour humble, « Anav », partage les mêmes lettres que le mot pour pauvre : « ‘Ani ».
Cette caractéristique de pauvreté représente une facette de notre être toujours ouverte et réceptive aux autres. Elle nous enseigne que ce que nous gagnons par le biais du don envers autrui dépasse largement ce que nous pourrions avoir offert.
Même un individu jouissant de toutes les formes de richesse possède le potentiel d'être humble.
Richesse incommensurable sous toutes ses formes, il demeurera néanmoins humble. Contrairement à la majorité des personnes fortunées qui sont souvent assujetties à leurs possessions matérielles, l'humilité intrinsèque du Machia’h lui permettra de « maîtriser son matériel », en d’autres termes, de contrôler son « âne ».
Le Machia’h représente l'exemple suprême d'un individu totalement réceptif envers D.ieu et autrui. Plutôt que de mépriser ceux qu'il aide, il élève chacun d’eux. En d'autres termes, l'humilité du Machia’h émane de sa capacité à maîtriser son existence matérielle. Une fois que le physique est subordonné et sous contrôle, la perception naturelle de la révérence en présence de D.ieu se manifeste avec une intensité accrue. Et lorsque cette prise de conscience est révélée, seule l'humilité peut en résulter.
La capacité accrue du Machia’h à percevoir les besoins des autres provient du fait que la lumière de son âme n'est en aucune manière entravée.
LE DON DE L'ÂME ET L'ÂME DU DON
L'enseignement universel, fondé sur l'affirmation talmudique selon laquelle le don de Tsedaka (traduit généralement par « charité », mais plus précisément par « droiture ») hâte la Rédemption, souligne que, malgré notre richesse dans les domaines où nous sommes dotés, lorsque nous partageons nos possessions avec autrui, nous agissons avec un sens d'humilité ; nous offrons véritablement notre âme.
En revanche, lorsque nous investissons notre âme dans nos dons, cela se manifeste de manière extrêmement sensible, affectueuse et humble, incarnant ainsi le modèle archétypal du « pauvre homme » - le Machia’h - et en hâtant ainsi la Rédemption finale.
Le Midrach affirme que le Machia’h se tiendra sur le toit du Saint Temple et annoncera : « Humbles, le temps de votre Rédemption est arrivé ! »