Ma famille appartient au groupe ‘hassidique de Karlin mais ceci ne dissuada pas une Yechiva (école talmudique) Loubavitch d’engager mon père, Rav Israël Grossman pour la diriger en 1966. C’est ainsi que débuta mon premier contact avec le Rabbi de Loubavitch. Mon père écrivait au Rabbi à propos de la Yechiva et recevait en réponse des instructions précises. Moi aussi, j’écrivis au Rabbi et reçus une très belle réponse, m’encourageant dans mon étude de la Torah.
A la suite de la miraculeuse victoire de la Guerre des Six Jours en 1967, le pays connut un élan spirituel intense. J’eus personnellement le grand mérite de me rendre au Kotel, le Mur Occidental le jour de sa libération et, alors que je me tenais au pied de ce vestige du Temple, je me demandai : comment exprimer ces remerciements débordants envers D.ieu ? Je décidai alors de consacrer ma vie à ramener d’autres Juifs à leur foi naturelle – ce que le Rabbi avait toujours encouragé, surtout avec la campagne des Téfilines qu’il avait initiée juste avant cette guerre.
J’étais aussi très proche du Rabbi de Leïlov qui me demanda, à peu près à cette époque, de m’installer à Bné-Brak pour diriger une institution de Torah. Notre appartement était situé au-dessus de l’usine Dubek produisant des cigarettes et j’avais remarqué que les ouvriers commençaient très tôt le matin et restaient assez tard – ce qui les empêchait de mettre les Téfilines. J’en parlai au directeur qui me permit de venir plusieurs fois par jour aider les ouvriers à mettre les Téfilines pendant leur temps de pause. Quand j’en informai le Rabbi de Loubavitch, il exprima sa grande satisfaction et m’encouragea à continuer.
Puis le Rabbi de Leïlov eut une autre idée pour moi : que je m’installe à Migdal Haémek pour m’y occuper de la jeunesse. Cette ville de développement avait été fondée dix ans plus tôt pour héberger de nouveaux immigrants mais souffrait du chômage et de la délinquance juvénile. Personnellement, j’ignorai l’existence de cette ville que je ne savais même pas situer sur la carte, j’ignorai aussi comment le Rabbi de Leïlov en avait entendu parler mais je ne posai pas de questions et m’y installai.
On était en 1968, j’arrivai tout droit de villes comme Jérusalem et Bné-Brak connues pour leur orthodoxie. Je me renseignai auprès des passants :
- Où se trouve la Yechiva ?
Les gens me regardaient sans comprendre de quoi je parlai.
- Yechiva ? C’est quoi ?
J’insistai :
- Où se trouvent les jeunes ?
- A la discothèque ! me répondit-on.
Je n’avais jamais entendu ce mot auparavant... Etait-ce le nom d’une Yechiva, me demandai-je dans ma naïveté ?
Je me rendis à l’endroit qu’on m’avait indiqué et je traduisis dans mon langage : ces disco-clubs fêtaient Pourim toute l’année !
Il se trouve que j’établis très vite le contact avec ces jeunes et ils me surnommèrent le Disco-Rabbin. Certains me racontèrent qu’ils avaient des amis détenus dans la prison de Shatta non loin de là et je m’y rendis aussi. J’y mis au point un programme de réhabilitation des prisonniers qui connut un grand succès.
A chaque étape, j’envoyais un compte-rendu au Rabbi de Loubavitch car je savais combien toutes ces initiatives lui tenaient à cœur. Il me répondait en s’enquérant de chaque détail et en me demandant de lui transmettre chaque progrès.
En 1970, je fus nommé rabbin de cette ville dans laquelle je rêvais d’établir une nouvelle structure éducative pour les enfants issus de milieux défavorisés. Comme je fus invité aux États-Unis pour récolter des fonds, j’eus enfin l’occasion de rencontrer le Rabbi face à face et je mentionnai ce projet. Il insista sur les bienfaits d’éduquer garçons et filles dans des institutions séparées, non pas d’un point de vue religieux, remarqua-t-il en passant, mais tout simplement humain et proposa des stratégies pour faire respecter la cacherout dans les restaurants de la ville. Il connaissait la situation de Migdal Haémek comme s’il y habitait lui-même ! Il m’écouta avec beaucoup d’intérêt quand je mentionnai mon rêve d’établir une institution éducative pour