Les rendez-vous rituels du calendrier juif ont, pour définition, une dimension d’éternité. Il est ainsi clair que les grandes fêtes comme celles de Pessa’h ou de Chavouot, par exemple, ne font pas que commémorer les événements historiques qui les ont vu naître, en l’occurrence la sortie d’Egypte et le don de la Torah. Elles portent enseignement pour toutes les générations. Mais il en existe certaines, à la portée apparemment plus intime, pour lesquelles cela n’apparaît pas à l’évidence.
Sans doute en est-il ainsi du 15 Chevat, Tou biChevat, que nous vivons cette semaine. Un « nouvel an des arbres », comme le Talmud le dénomme, voilà qui a de quoi surprendre. Probablement pendant des siècles, en ces temps déjà lointains où on n’accordait pas à l’arbre toute l’attention qu’on y met aujourd’hui, cela avait de quoi interpeler. De fait, dire qu’il y a un nouvel an, littéralement un Roch Hachana, pour ces créatures végétales, taillables à merci, ne paraissait pas en mesure de faire sens. Pourtant, voici que l’arbre devient un sujet central dans toutes nos grandes et orgueilleuses cités. Voici que la ville redécouvre son apport et ses bienfaits au point d’entreprendre d’en réimplanter partout où c’est possible. C’est peut-être justement dans ce contexte qu’il convient de le regarder avec les yeux de la tradition juive.
Car, si les temps passés l’ont négligé, le temps nouveau le regarde-t-il avec justesse ? Quand on contemple cet être qu’est l’arbre, ce qui impressionne immédiatement, c’est sans doute son élan vers le ciel. On peut ainsi voir une jeune pousse qui n’a d’autre projet que celui de s’élever peu à peu, même contre des vents contraires, même au travers d’éventuelles tempêtes. L’arbre ne recule pas, ne renonce pas. Il continue toujours son chemin. Cet élan vers le ciel touche l’homme tant il évoque sa propre situation, créature terrestre qui aspire à dépasser ce qu’elle est. Il y a alors lieu de s’interroger : d’où vient la force pour une telle élévation ? C’est que l’arbre a de fortes racines. Il ne les oublie jamais car sa vie même en dépend. De fortes racines en cimes altières, il y a ici comme un signe fait à l’humain. Nos racines nous nourrissent et nous soutiennent. Ne les oublions jamais, le ciel est au bout du voyage.