VIVRE AVEC LA PARACHA
LA SIDRA DE LA SEMAINE MICHPATIM
Bien plus intense que ces phénomènes physiques était la puissance de la voix de D.ieu. Ainsi, à l’écoute des Dix Commandements, les âmes du peuple « s’envolèrent ». Par ailleurs, les répercussions de cette révélation se firent ressentir dans l’ensemble du monde : « Aucun oiseau ne chanta..., aucun bœuf ne beugla, ni la mer ne rugit ». Un silence absolu régnait pendant que D.ieu s’exprimait.
Après avoir décrit une expérience d’une telle ampleur universelle, on pourrait supposer que la Torah poursuivrait en évoquant des sujets reflétant cette transcendance de soi. Or, au contraire, la Torah poursuit ainsi : « Voici les jugements ».
Quelle est alors la difficulté ? Nos Sages classifient les Mitsvot en trois catégories générales :
- a) Michpatim (littéralement, « jugements ») : ce sont des Mitsvot également dictées par la raison, telles que les interdictions de vol et de meurtre. Même en l’absence de la révélation de la Torah, à D.ieu ne plaise, il est probable que nous aurions institué des lois de cette nature.
- b) Édout (littéralement, « témoignages ») : Mitsvot commémoratives, par exemple l’observance du Chabbat ou la consommation de la Matsa lors de la fête de Pessa’h, qui nous permettent de revivre les événements historiques et d’en saisir plus aisément la portée spirituelle.
- c) ‘Houkim (littéralement, « décrets ») : Mitsvot supra-rationnelles constituant un « décret émanant de Moi, [que] vous n’avez pas le droit de remettre en question ».
On peut supposer que le Don de la Torah aurait dû être suivi par l’introduction des ‘Houkim, car leur nature supra-rationnelle reflète les sentiments spirituels suscités au Mont Sinaï. Pourtant, pourquoi la Torah poursuit-elle plutôt avec des lois qui pourraient apparemment être déduites par la raison et dont les équivalents se retrouvent dans toutes les sociétés civilisées ?
AVANCER, NON SE RETIRER
Cette problématique peut être résolue à partir d’un point de grammaire hébraïque. Rachi affirme :
Chaque fois que la Torah emploie le terme « Elé » (« Voici »), cela implique la négation de ce qui a été mentionné précédemment. En revanche, lorsqu’elle utilise le terme « Veélé (« Et voici »), comme dans notre Paracha, cela indique un ajout à ce qui a été évoqué auparavant. De même que les premiers éléments cités dans la Paracha précédente (les Dix Commandements) furent révélés au Sinaï, il en va de même pour ceux-ci (les lois de la Paracha Michpatim).
Rachi souligne ainsi que les jugements abordés dans notre lecture de la Torah ne constituent pas un éloignement par rapport à la révélation du Mont Sinaï, mais en sont plutôt une extension directe. La Torah dépasse la simple spiritualité transcendante. En effet, l’essence même du Don de la Torah réside dans l’incarnation de la volonté et de la sagesse divines sous des concepts accessibles à l’entendement humain. Lorsqu’un individu étudie la Torah, il saisit la Divinité et unit son esprit à celui de D.ieu. Cette compréhension intellectuelle suppose l’établissement d’un lien entre l’esprit humain et le concept étudié. Ce lien est d’autant plus pleinement réalisé lors de l’étude des dimensions de la Torah relatives aux affaires mondaines, car ce sont là des idées que l’intellect humain peut appréhender exhaustivement.
ACCOMPLIR LE DESSEIN DE D.IEU
Le Don de la Torah constitue l’achèvement du dessein de la création. D.ieu a engendré toute existence dans le but de Lui établir une demeure dans les mondes inférieurs. Ainsi, l’objectif fondamental de la création ne réside pas dans la manifestation de la puissance transcendante divine, mais plutôt dans la pénétration des réalités mondaines par la vérité intrinsèque de Son Être.
Cela se réalise à travers les Michpatim de la Torah, lesquels expriment la Divinité en relation avec les expériences quotidiennes des êtres humains. La compréhension approfondie de ces lois introduit la dimension divine dans l’esprit de chaque individu, constituant ainsi une « demeure pour D.ieu ». Par ailleurs, leur mise en pratique crée une société permettant à l’homme d’atteindre ses objectifs spirituels dans un climat de paix, tout en satisfaisant ses besoins matériels selon la justice, établissant ainsi une « demeure pour D.ieu » au sens le plus complet.
RETOUR AU SINAÏ
La Paracha Michpatim se conclut par une description des détails du Don de la Torah, incluant notamment la déclaration « Naassé Vénichma » (« Nous ferons et nous écouterons »), qui représente l’expression ultime de la foi. Avant même que les commandements soient explicités, le peuple s’engage à obéir sans réserve.
Ce geste illustre parfaitement l’enseignement central des Michpatim : après qu’un individu a pu intérioriser la Divinité par l’étude méthodique et l’application rigoureuse des lois de la Torah, il devient apte à expérimenter des dimensions de D.ieu qui transcendent la compréhension humaine, l’essence même de l’expérience du Sinaï.
L’étude et la pratique des Michpatim raffinent ainsi la personnalité du croyant, rendant possible que la dimension infinie de la Torah efface toute dichotomie éventuelle entre son être et sa foi.
SAVOIR ET IGNORANCE
Cette analyse éclaire également une célèbre affirmation de nos Sages : « Le summum du savoir est de ne pas te connaître ». Cette assertion signifie, dans son sens littéral, que l’individu doit reconnaître les limites inhérentes à son intellect, admettant par conséquent que connaître D.ieu pleinement est impossible car Il transcende toutes les limites. Cependant, elle suggère aussi qu’une fois que l’esprit humain a pleinement développé son intellect, il perçoit que même les notions maîtrisées recèlent une profondeur intérieure dépassant le simple entendement rationnel. En outre, on peut déduire des dimensions infinies relatives à D.ieu, intégrant cette connaissance au point de modeler notre personnalité.
Cette forme particulière de connaissance divine anticipe et précipite ainsi l’avènement de la Rédemption - époque où « Un homme n’enseignera pas à son prochain... car tous Me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand ».