d’Égypte était que les Hébreux deviennent les serviteurs de D.ieu, comme le relate la Torah. Moché lui-même répéta maintes fois à Pharaon qu’il devait laisser partir le peuple afin qu’il puisse offrir des sacrifices à D.ieu dans le désert, ce qui fut accompli dans le Michkane.
Il devient ainsi possible d’apprécier pleinement le rôle primordial que joue l’ordre tant dans la manière dont nous conduisons le Séder que dans notre revécu spirituel de l’expérience de l’Exode, à travers la construction du Sanctuaire.
L’ordre dans le Sanctuaire
En ce qui concerne la construction du Sanctuaire, sur le plan matériel comme sur le plan spirituel, au sein de nos foyers et de nos cœurs, il est impératif de ne négliger aucune des étapes énumérées par la Torah. Par ailleurs, il convient de respecter scrupuleusement l’ordre qu’elle prescrit pour l’édification du Sanctuaire.
Il serait inconcevable pour quiconque acquiert une machine, un ordinateur ou tout autre mécanisme complexe d’omettre certaines procédures indispensables à son fonctionnement, définies par le fabricant, ou de modifier l’enchaînement prévu de ces opérations.
De manière analogue, lorsque nous accédons à une liberté qui nous permet d’ériger notre Sanctuaire intérieur, il est essentiel de n’omettre aucun détail et d’observer rigoureusement l’ordre dans lequel ces éléments constitutifs doivent être assemblés.
À la lumière de cette introduction, on peut pleinement saisir l’ordre selon lequel Moché a installé et aménagé le Sanctuaire. Dans un premier temps, il érigea la structure proprement dite. Ensuite, il plaça l’Arche - partie la plus sacrée du Sanctuaire - en son lieu le plus reculé. Après avoir positionné l’Arche, Moché installa à l’intérieur du Sanctuaire la Table, la Menorah ainsi que l’Autel des encens. Puis il disposa l’Autel des sacrifices dans la cour extérieure du Sanctuaire. Enfin, après avoir placé cet Autel, il installa le « Kiyor » (le bassin), utilisé par les prêtres pour se laver les mains et les pieds avant d’accomplir les services quotidiens du Temple, entre le Sanctuaire et l’Autel.
Désordre ?
Certains commentateurs s’interrogent sur la raison pour laquelle le bassin fut placé contrairement à l’ordre attendu. En effet, tous les autres éléments du Sanctuaire semblent avoir été disposés selon leur proximité avec celui-ci : depuis l’Arche située dans l’enceinte la plus intérieure jusqu’au rideau à l’entrée de la cour. Pourquoi alors le bassin, qui se trouve pourtant plus proche du Sanctuaire que l’Autel, fut-il positionné après ce dernier, qui est lui-même plus éloigné du Sanctuaire ?
Pour comprendre cette anomalie, il convient d’examiner la fonction du « Kiyor » ainsi que sa relation avec l’Autel. Avant d’effectuer le service sur l’Autel et de se rapprocher de D.ieu (ce qui correspond au sens premier du terme hébreu « Korban » signifiant « s’approcher »), il est indispensable de s’assurer d’une purification préalable afin d’éliminer les influences et les attitudes indésirables susceptibles d’être présentes. Cependant, il faut garder à l’esprit que le but ultime du processus de purification spirituelle est précisément ce rapprochement avec D.ieu.
Il importe donc de reconnaître que le processus d’examen intérieur et de purification, aussi essentiel soit-il, ne constitue pas un objectif en soi mais uniquement un moyen. Bien qu’il précède le processus de sanctification - justifiant ainsi la position plus proche du Sanctuaire du bassin par rapport à l’Autel - il n’en demeure pas moins secondaire par rapport à cet objectif final : offrir à D.ieu le monde « extérieur », fonction propre à l’Autel.
Passer par-dessus (« Pessa’h ») dans le Michkane ?
Ainsi, Moché plaça d’abord le bassin afin de souligner que le lavage constituait uniquement une condition préalable et une introduction, mais non un substitut, au processus de s’approcher de la sainteté.
En effet, il existe des situations où il est nécessaire de « passer par-dessus » l’ordre habituel et de ne pas attendre l’achèvement du rituel purificateur pour s’engager directement dans une relation avec la sainteté, même avant que ce processus soit terminé.
En temps ordinaire, lorsque notre défi consiste à gravir progressivement les échelons du raffinement spirituel, il convient de respecter scrupuleusement l’ordre établi. Sauter un échelon peut parfois entraîner des conséquences désastreuses. Toutefois, face à des circonstances exceptionnelles - telles que la nécessité impérative de fuir l’Égypte pour éviter une chute vers le cinquantième degré d’impureté, nous ne pouvons nous contenter d’une progression graduelle ; il faut parfois sauter et passer par-dessus, en inversant l’ordre établi, y compris durant le déroulement du Séder lui-même. Comme nous le verrons, le commencement même du Séder, concept signifiant « ordre », implique une inversion de cet ordre.
L’inversion de l’ordre dans le Séder
Le Séder commence par une énumération des activités prévues pour la soirée. Or, il se trouve que les deux premières étapes mentionnées semblent inversées dans leur enchaînement. D’abord on cite « Kadèch » (« sanctifier ») puis « Our’hats » (« purifier »). Ne serait-il pas plus logique de procéder d’abord à la purification avant de se sanctifier ?
Les commentateurs ‘hassidiques expliquent que, lors de la nuit de Pessa’h, D.ieu « passe par-dessus » l’ordre conventionnel des choses pour instaurer un nouvel ordre. Ce dernier permet d’atteindre la sainteté avant même d’avoir accompli la purification nécessaire. Cette idée s’apparente au principe selon lequel l’autel est placé en premier, suivi seulement ensuite du bassin pour les ablutions : d’abord la sanctification, puis la purification.
Passer par-dessus vers l’ère du Machia’h
À l’approche de la fête de Pessa’h et dans l’attente imminente de l’avènement du Machia’h, qui instaurera un « nouvel ordre mondial », il convient de comprendre que, parfois, il est nécessaire de dépasser l’ordre habituel et conventionnel des événements en visant directement l’objectif, même avant d’avoir accompli certaines conditions préalables classiques.
Alors que le mode de l’exil impose une conformité stricte à un ordre précis, le mode de la libération requiert une modification radicale des approches, en dépassant cet ordre établi, tout en sollicitant D.ieu afin qu’Il agisse de la même manière en délivrant le monde de ses limitations. Bien qu’il soit impératif de ne jamais négliger nos devoirs liés à la purification personnelle, il demeure essentiel de garder constamment à l’esprit l’objectif ultime : la venue du Machia’h et la Rédemption finale. Et si cela implique de passer par-dessus l’ordre routinier, alors que l’on s’y attelle immédiatement !