LE RIRE D’AVRAHAM ET DE SARAH : ÉTAIENT-ILS DIFFÉRENTS ?
D.ieu annonça à Avraham qu’il deviendrait père à l’âge de 100 ans, ce qui suscita un rire de sa part. D.ieu ne lui en tint pas rigueur. En revanche, dans la Paracha de cette semaine, lorsque Sarah apprend qu’elle donnera naissance à l’âge de 90 ans, elle rit également, mais D.ieu la réprimande pour avoir exprimé des doutes quant à sa capacité de concevoir.
Rachi et de nombreux autres commentateurs s’interrogent sur les raisons pour lesquelles D.ieu a «discriminé» Sarah et l’a blâmée pour son rire alors qu’Avraham n’a pas subi le même traitement. Cette interrogation est renforcée par le fait que le miracle pour Sarah de devenir mère à 90 ans est infiniment plus considérable que celui qu’est pour Abraham le fait de devenir père à 100 ans. En effet, Avraham avait déjà eu un enfant à 86 ans, tandis que Sarah n’en avait jamais eu auparavant.
La réponse apportée par Rachi réside dans le fait que le rire d’Avraham était motivé non par le doute mais par la joie, alors que celui de Sarah traduisait une expression du doute.
Les commentateurs ‘hassidiques vont encore plus loin en expliquant que Sarah n’était même pas consciente d’avoir ri.
DES ATTENTES PLUS ÉLEVÉES ENVERS SARAH
Une autre approche ‘hassidique souligne les différences spirituelles entre Sarah et Avraham. Bien qu’ils soient tous deux saints et représentent l’apogée de la proximité et de la dévotion à D.ieu, leurs approches et leurs attentes divines diffèrent. En effet, D.ieu nourrissait des attentes supérieures pour Sarah que pour Avraham. Ainsi le reproche adressé à Sarah pour avoir ri était lié à sa position spirituelle supérieure par rapport à celle d’Avraham.
Si Sarah avait simplement ri de manière subconsciente, pourquoi D.ieu lui en aurait-Il tenu rigueur ? N’était-elle pas consciente de son propre rire ?
La réponse réside dans le fait qu’en tant que femme de haute stature spirituelle, elle aurait dû éradiquer toute trace de doute, même inconsciente.
Sarah, ayant eu le temps nécessaire pour réfléchir sur elle-même, était censée prendre conscience qu’elle portait une infime mesure de scepticisme sous la surface et qu’il lui incombait de s’en débarrasser.
VIVRE UNE VIE MIRACULEUSE
Dans le « Bat Ayin » (œuvre ‘hassidique de Rabbi Avraham Dov d’Avrouvcht, disciple de Rabbi Na’houm de Tchernobyl, lui-même disciple du Maguid de Mézéritch) on peut en partie lire l’explication suivante : avoir un enfant à l’âge de quatre-vingt-dix ans est indubitablement un miracle d’une ampleur considérable. Aux yeux d’un Juste, il n’est jamais légitime d’attendre que D.ieu réalise un miracle en sa faveur.
Toutefois, des exceptions à cette règle existent. Lorsque la vie d’un individu semble être régie par des principes différents ; lorsque les miracles deviennent banals en raison de leur récurrence, même les justes les acceptent sans remettre en question la capacité divine à continuer à les réaliser. Pour eux, les miracles apparaissent comme naturels.
Depuis le moment où Avraham avait miraculeusement échappé à la fournaise ardente dans laquelle il avait été jeté par le roi Nimrod pour avoir refusé de se soumettre à ses exigences d’adorer des idoles, Avraham comprit que sa vie se déroulait sur un plan supra-rationnel. Sa trajectoire n’était pas assujettie aux normes naturelles. Ce schéma persiste également lorsqu’il combat l’alliance des quatre rois qui avaient capturé son neveu Loth.